L’omniprésence des francophones dans la DeFi

13/10/2026Virgile Heuraux
Blockchain & Web3
8 min de lecture
Illustration éditoriale créée pour l’article omnipresence francophones defi.

Lorsqu’on se renseigne sur les protocoles de finance décentralisée les plus utilisés, il y a de bonnes chances d’y croiser un nom francophone.

On pourrait croire que c’est du chauvinisme, mais il n’en est rien. Les français font objectivement partie des personnalités les plus influentes de cette industrie.

Les protocoles créés par des français

Morpho

On parle beaucoup de Morpho comme étant une des principales alternatives à Aave pour emprunter des cryptoactifs, mais c’est oublier qu’à l’origine, ce protocole est né en France.

Plus précisément, il a été créé comme projet étudiant par Paul Frambot qui préparait un master à l’Institut Polytechnique de Paris à l’époque, et le projet sera confondu avec Merlin Egalité et Julien Thomas par la suite.

Si Morpho était un produit très spécifique à ses débuts (une couche d’optimisation des taux sur Aave et Compound), il n’a fallu que cinq ans pour qu’il devienne une véritable infrastructure de prêts et d’emprunts avec plus de 5,5 milliards de dollars activement empruntés à l’heure actuelle.

Encore aujourd’hui, le protocole reste porté par Morpho Association, une association à but non lucratif de droit français.

Spiko

Spiko est fondé en 2023 par Paul-Adrien Hyppolite, anciennement dans la Direction Générale du Trésor et Antoine Michon, ancien conseiller du gouvernement.

L’idée derrière Spiko est d’investir dans des fonds monétaires européens (OPCVM) qui achètent des bons du Trésor (des prêts accordés aux Etats européens), et les parts de ces fonds sont convertis en tokens sur la blockchain.

Aujourd’hui, Spiko est agréé comme entreprise d’investissement par l’ACPR et l’AMF, et revendique 2,2 milliards de dollars sous gestion.

Velora (anciennement Paraswap)

L’agrégateur Paraswap est fondé à Paris en 2019 par Mounir Benchemled, ancien développeur chez BCG.

Le protocole a été renommé en Velora en 2025, mais le but reste le même : agréger la liquidité d'une multitude de plateformes d’échange sur la blockchain pour que l’utilisateur trouve le meilleur prix.

Velora revendique plus de 125 milliards de dollars de volume cumulé, ce qui est très honorable quand on sait à quel point le domaine des plateformes d’échange sur la blockchain est compétitif.

Spectra

Ce projet a été fondé par Antoine Mouran et Gaspard Peduzzi en août 2020, d’abord appelé APWine pour devenir Spectra en 2023.

Il s’agit d’un protocole dédié aux rendement futurs, où le principe consiste à découper un actif à rendement en deux actifs distincts :

  • Un actif de capital pour récupérer une somme initiale à une date précise
  • Un actif de rendement qui ne contient aucun capital, mais donne droit à tous les rendements générés au fil du temps.

Si le principe des rendements futurs est bien établi dans la finance classique, il l’était beaucoup moins dans la blockchain.

Spectra est actuellement le deuxième plus gros protocole de rendements futurs derrière Pendle, considéré comme la référence.

La gestion d’actifs créé par des français

Steakhouse Financial

Les “curateurs”, ces acteurs spécialistes de la gestion du risque dans la DeFi ont gagné en importance au cours des dernières années.

Selon Castle Labs, ils ont environ 6,5 milliards de dollars sous gestion, dont 75% regroupés entre trois acteurs seulement. L’un d’entre eux a été cofondé par un français, et il s’agit de Steakhouse Financial.

Dès 2020, son confondateur Sébastien Derivaux pilotait déjà des actifs tokenisés (RWA) sur MakerDAO. Aujourd’hui, Steakhouse est devenu le curateur le plus important de Morpho.

Lagoon.finance

Le projet est cofondé par le trésorier de l’association Ethereum France.

Lagoon ne gère pas d’argent directement sur la blockchain, mais fournit la tuyauterie aux gérants qui le font, avec des permissions par rôle ainsi qu’un standard spécifique (ERC-7540) indispensable lorsqu’une stratégie prend en charge des actifs qu’on ne peut pas revendre instantanément.

Aujourd’hui, Lagoon enregistre 158 millions de dollars déposés.

Services créés par des français

Merkl

Merk naît en avril 2023 chez l’entreprise Angle Labs, fondée par Pablo Veyrat et basée à Paris.

Le concept derrière Merkl est de calculer l’activité onchain des utilisateurs sur un protocole (exemple : fournir des liquidités utiles sur une plateforme d’échange) et de les payer en conséquence.

Aujourd’hui, Merkl revendique plus de 1,5 milliards de dollars à plus de quatre millions de bénéficiaires.

Kleros

Kleros a été fondé en 2017 par Federico Ast et Clément Lesaege.

C’est un tribunal décentralisé où des jurés sont tirés au sort, et où les décisions sont rendues à la majorité. Ceux qui votent avec la majorité sont récompensés, et les autres perdent une partie de leur mise.

Actuellement, le protocole sert d’arbitre à des contrats de séquestre, de registre pour étiqueter des contrats et même d’oracle pour trancher l’issue de marchés prédictifs sur Seer.

Aave Chan Initiative (ACI)

L’Aave Chan Initiative a été fondée par Marc Zeller pour servir de délégué et de prestataire à la DAO d’Aave.

Avec une équipe de huit personnes et 4,6 millions de dollars sur trois ans, l’ACI revendique plus de la moitié des actions de gouvernance d’Aave, qui ont fait le succès massif d’Aave V3 entre 2023 et 2025.

L’ACI s’est malheureusement éteinte en juillet 2026 sur fond de conflit avec Aave Labs. Il n’empêche que l’une des entités ayant le plus contribué au succès d’Aave a été créée par un français.

Pharos.watch

Pharos est un projet développé par TokenBrice, après avoir longtemps observé la naissance et le décès (parfois brutal) de nombreux stablecoins.

Les stablecoins sont devenus la colonne vertébrale de la DeFi, mais savoir qui détient les réserves, ce qui se passe si un collatéral décroche ou si un stablecoin est suffisamment liquide reste un casse-tête.

Pharos répond à ces questions dans un dashboard gratuit, indépendant et Open Source.

En moins d’un an, Pharos a déjà anticipé plusieurs effondrements de stablecoins, permettant de sauver plusieurs millions de dollars d’actifs avant qu’ils soient perdus.

Les projets en construction

Si les français sont à l’origine de certains protocoles DeFi actifs et réputés, il y en a encore d’autres en chantier :

  • Acier : Suite à la dissolution de l’ACI, Marc Zeller compte faire équipe avec d’autres acteurs ayant fait le succès d’Aave V3 (notamment BGD Labs) et proposer une autre vision des prêts et des emprunts sur la blockchain.
  • Polaris : il s’agit d’un émetteur de stablecoin où TokenBrice figure dans l’équipe de développement. Polaris propose à la fois des rendements pour les utilisateurs, mais aussi d’émettre tous types d’actifs comme des dollars, des euros ou des commodités..
  • Clear : ce projet mené par Romain Figuereo est un teneur de marché dédié aux décrochages de stablecoins, rémunéré par l’écart de prix.
  • Jarvis Network : ce projet fondé par Pascal Tallarida (un de nos formateurs pour la formation DeFi !) permet de créer des stablecoins indexés à plus d'une dizaine de devises. Ce protocole est devenu inactif à cause d’une mauvaise dette, mais cette dernière est presque remboursée et Jarvis va bientôt reprendre du service.

Entreprises francophones au-delà de la France

La présence francophone ne se limite pas à la France. La Suisse romande et la Belgique ont aussi leurs champions, avec un positionnement plus institutionnel.

ZyFAI

Dans ZyFAI, l’utilisateur dépose ses fonds dans un portefeuille, et ce portefeuille va déplacer les fonds vers le meilleur rendement possible tout en laissant le contrôle à l’utilisateur.

ZyFAI a été fondé par Gauthier Vila en Suisse, et c’est un exemple concret de “finance agentique” où des stratégies sont exécutées automatiquement dans les limites fixées par l’utilisateur.

Keyrock

Keyrock a été fondé en 2017 à Bruxelles. Son activité consiste principalement à fournir des prix d’achats et de vente pour plusieurs dizaines de plateformes d’échange.

Mais aujourd’hui, Keyrock compte se lancer davantage dans la DeFi en tant que Curateur.

Pourquoi autant de francophones ?

C’est une multitude de facteurs qui font que leur présence est autant marquée dans la finance décentralisée.

Tout d’abord, la France est un vivier de profils adaptés pour cette industrie. La DeFi, c'est de l'ingénierie financière écrite en code, et ça tombe bien puisque la France forme des ingénieurs-mathématiciens depuis des décennies. Morpho est le symbole de cette tradition, puisque c’était un projet étudiant né à l’Institut Polytechnique de Paris.

De plus, la France est aussi un point de ralliement avec l’EthCC organisée chaque année par l’association Ethereum France depuis bientôt 10 ans. Il s’agit d’une des plus grandes conférences annuelles mondiales dédiées à Ethereum avec des développeurs, et des entrepreneurs du monde entier qui viennent en France.

Mais si l’écosystème francophone est aussi présent, c’est aussi grâce à la multitude d’initiatives réalisées pour démocratiser la blockchain, que ce soit des réseaux étudiants comme Kryptosphere, des associations comme l’Adan en contact avec les régulateurs, ou même les créateurs de contenu qui expliquent la blockchain au plus grand nombre.

Ce contexte a fait en sorte que tout un ensemble de personnes initialement curieuses, ont pu devenir réellement passionnées par la blockchain, et travaillent aujourd’hui pour cette industrie.

Se former à la DeFi avec Alyra

Cette liste vous donne déjà un bon aperçu de l’influence massive qu’ont les francophones dans la finance décentralisée en général.

Le plus surprenant, c’est que cette liste est loin d’être exhaustive. Nous avons cité les protocoles les protocoles les plus connus fondés par des français, mais on peut aussi trouver des protocoles non-francophones où il y a de fortes chances de trouver au moins un français.

En résumé, à chaque étage de la finance décentralisée, il y a forcément un français quelque part.